Pourquoi l’Europe doit investir massivement dans la robotique

Une course mondiale dans laquelle l’Europe ne peut plus être spectatrice

La robotique est en train de redessiner les équilibres industriels, technologiques, militaires et géopolitiques du XXIe siècle. Partout dans le monde, les grandes puissances accélèrent. Les États-Unis, la Chine, la Corée du Sud, le Japon, Israël ou encore la Turquie investissent massivement dans des robots de défense, de sécurité, de logistique, d’inspection ou d’intervention.

L’Europe, et en particulier la France, avance à un rythme beaucoup trop lent. Pendant que certains pays industrialisent déjà leurs technologies robotiques, nous en sommes encore à l’expérimentation ou à la phase de pré-étude dans de nombreux domaines. Cette inertie nous expose à une double dépendance : technologique et stratégique.

Rendu 3D du robot Quator conçu par Sfynx Industry, équipé d’une remorque articulée. Le robot principal, bleu métallique, est doté de quatre roues doubles et d’une structure robuste. À l’arrière, une remorque à deux essieux prolonge l’ensemble, offrant une capacité supplémentaire pour le transport ou la manutention. Ce rendu met en valeur la modularité et la puissance de traction du Quator dans sa version avec remorque.

Un retard industriel et militaire préoccupant

Sur le plan militaire, les robots terrestres sont devenus des outils incontournables :

  • Les Américains déploient déjà leurs plateformes autonomes sur le terrain depuis plus d’une décennie.
  • Les Israéliens ont industrialisé des systèmes robotiques armés et de reconnaissance ultra-performants.
  • Les Ukrainiens ont improvisé une production en série de robots au sol, capables de transporter explosifs ou matériel médical.
  • La Turquie, sans être historiquement un géant industriel, a développé une gamme complète de robots de combat, de surveillance et de déminage.

Et la France ? À l’exception de quelques démonstrateurs isolés, nous n’avons toujours pas industrialisé une gamme de robots terrestres militaires souverains. Les industriels sont prêts, les technologies existent, mais les processus d’achat, les validations et les financements restent trop lents, trop cloisonnés, trop frileux.

En tant que fondateur de Sfynx Industry, je constate régulièrement que les plateformes robotiques de défense sont souvent évaluées, mais très rarement commandées, tandis que nos homologues étrangers avancent à marche forcée.

Une souveraineté technologique gravement menacée

Si nous voulons garder le contrôle sur notre capacité d’action, de décision et de protection, nous devons concevoir et fabriquer nos propres robots, en Europe, avec nos propres composants critiques.

Or aujourd’hui :

  • Nous dépendons de pays asiatiques pour l’électronique embarquée.
  • Nos moteurs, batteries, capteurs thermiques et lidar viennent très majoritairement de l’étranger.
  • Même la fabrication de certains robots dits « français » est parfois sous-traitée hors d’Europe.

Cette situation est inacceptable à long terme pour un continent qui souhaite préserver son autonomie stratégique.

Rendu 3D du robot Quator développé par Sfynx Industry, équipé d’un bras optronique V2 positionné vers l’avant. Le bras articulé bleu, fixé au centre du châssis, se termine par un module optronique de forme cylindrique à tête carrée intégrant plusieurs capteurs. Le robot, à quatre roues doubles, affiche un design industriel robuste et fonctionnel. Ce rendu illustre une configuration typique du Quator pour la surveillance, la reconnaissance ou l’analyse technique de terrain.

Des usages civils en forte croissance, ignorés des décideurs

Au-delà de la défense, la robotique est aujourd’hui indispensable dans des secteurs-clés :

  • Nucléaire : inspection de zones irradiées, intervention à distance, démantèlement sécurisé.
  • Environnement : nettoyage de canalisations, de plages, de forêts après sinistres, ramassage de déchets en mer.
  • Sécurité civile : appui aux pompiers pour les incendies industriels ou en milieux clos.
  • Logistique : déplacement de charges lourdes en entrepôts, automatisation des lignes d’assemblage.
  • Énergie : inspection de pipelines, de barrages, d’éoliennes offshore ou de réseaux souterrains.

La plupart de ces applications sont sous-équipées. En Europe, des robots comme ceux que nous produisons chez Sfynx Industry — capables d’intervenir dans les milieux les plus extrêmes — sont encore rarement intégrés dans les procédures standard.

La robotique ne détruit pas l’emploi. Elle le transforme.

Contrairement aux idées reçues, la robotique est créatrice d’emplois qualifiés. Elle fait émerger de nouveaux métiers : développeurs en IA, intégrateurs, opérateurs roboticiens, techniciens de maintenance, designers mécaniques, etc. Elle permet aussi de relocaliser certaines activités, en rendant compétitive une production automatisée mais localisée.

Soutenir la robotique, c’est soutenir l’industrie européenne.

Ce que l’Europe doit mettre en place dès maintenant

Pour combler notre retard et redevenir compétitifs, l’Europe doit adopter une stratégie structurée autour de plusieurs axes :

  1. Financement massif : créer un fonds européen dédié à la robotique, avec accès simplifié pour les PME et les startups innovantes.
  2. Commandes publiques pilotes : inciter les grands opérateurs publics (armée, sécurité civile, énergie, environnement…) à intégrer des solutions robotiques européennes.
  3. Accélération des cycles de validation : réduire les délais entre démonstration et industrialisation.
  4. Soutien à l’industrialisation : aider les entreprises à passer du prototype à la série, sur le sol européen.
  5. Formation : créer des académies de robotique appliquée, comme la Sfynx Robotics Academy que nous lançons en Vendée, pour former les futurs opérateurs, ingénieurs, militaires et intervenants.

Investir ou s’effacer

L’Europe doit sortir de sa posture d’observateur et entrer en action. Si nous ne maîtrisons pas la robotique, d’autres nations le feront pour nous — et nous vendront leur vision, leur matériel, leur contrôle.

Investir massivement dans la robotique, c’est protéger nos industries, notre défense, notre environnement et notre souveraineté.

Il ne s’agit plus d’une option, mais d’une urgence.

“Jean-Jacques Topalian — entrepreneur, concepteur et acteur engagé pour une robotique Made in France.”